Manifesto

(en français plus bas)

TEMPORARY MANIFESTO

FOR A LABORATORY OF RECOMBINANT COMMONS


RE-QUALIFYING THE LABORATORY

Aliens in Green is an agent from a planet-turned-laboratory. The laboratory is the place where that which does not yet exist comes into existence and materialises. With the laboratory-planet, the biosphere is itself transformed into a laboratory, affecting what we species from the Cenozoic have known up until now.
The future, however, has not yet been created, and the images coming from the future are materialising in various ways. Some of these images show a xeno-power that elicits the emergence of radically new entities forcing the evolution of living beings in unconcerted directions between species.
In the xeno-laboratory, we are witnessing and anticipating the emergence of the systems of our future subordination or extermination based on our alienation. Against this xeno-laboratory, Aliens in Green is positing the idea of a non-alien laboratory. This laboratory of commons, a place where interspecific communities meet and form, is a continuation of, rather than a break with, the community of beings we have been experiencing throughout the Cenozoic. This laboratory is a place-in-becoming, a place where the combination of living forms, their composition and articulation, is elaborated, a place that the present ontological leap would like to curtailed.

CULTIVATING AN ART OF COMBINATIONS

The art of combinations is aimed primarily at recomposing the commons in an odd world. The art of combinations is the art of symbiosis, a common thrust towards phusis, or the « self-giving-of-a-common-form ». Genetic recombination as well as genetic, hormonal and chemical communication between species is multi-facetted and ongoing. Whereas sex was the pivotal issue of traditional biopolitics, connecting individuals and populations as well as citizens and states, the non-genealogical and lateral transfer of genes, molecules, signals, is perhaps what will enable us to understand the making of new biopolitical connections – between persons and licenses, between human and non-human user communities, between polymorphisms and policies. These recombinations, which are immanent in society, must emancipate themselves from the specific standards of the bio-, chemo- and porno-industrial complex in order to bring forth bodies and habitats that adapt to the beings living in them. This is why the critique of xeno-hormones, xeno-molecules, xeno-genes and xeno-(eco- or bio)systems, and the critique of the xeno-powers that define their present and future orientations are the necessary correlates of a recombinant common policy.

CULTIVATING AN ART OF COMPOSITION

A non-anthropomorphic approach to intelligence opens up new spaces of social composition. If we leave behind the anthropomorphic or cerebro-centric conception of intelligence and acknowledge that intelligence is distributed across all biotic flows, across all plant, animal, fungal and bacterial species, then the social and political compositions change radically. The phyto-oriented approach reconfigures our modes of operation by aiming to connect the reflexivity and the theoretical models inherited from western anthropoid culture with concrete modes of action generated by other biotic species and flows.
Reflexivity, through its ability to ‘render alien’ and to create distance, can subvert the process of meaning and enable us to represent the unrepresentable. The non-anthropomorphic approach of affects also allows us to rethink the mediations between bodies and signifiers beyond identities and species, and to apprehend the flow of affects interconnecting and co-constituting bodies of different kinds

CULTIVATING AN ART OF ARTICULATION

Articulation is a key concept in approaching the laboratorisation of the living and the ecosystem in capitalism if we do not want to limit our critique to economic approaches or class relations alone. The concepts of becoming-alien and becoming-non-alien enable us to articulate worlds in such a way that their potential antagonisms are neutralized. Their aim is to articulate or coordinate the various narratives revealing the anti-terrestrial spirit of capitalism and implementing the biospheric commons.
In short, they allow us to build counter-hegemonic narratives and devices as well as trans-specific solidarities that are simultaneously political, epistemological, technical and strategic, and which in turn enable the convergence of anti-systemic struggles.


MANIFESTE TEMPORAIRE

POUR UN LABORATOIRE DES COMMUNS RECOMBINANTS


RE-QUALIFIER LE LABORATOIRE

Aliens in Green est un agent d’une planète devenue laboratoire. Le laboratoire est le lieu où ce qui n’est pas encore vient à l’existence et se matérialise. Avec la planète laboratoire, la biosphère est transformée elle-même en laboratoire, affectant ce que nous autres espèces issues du Cénozoïque, avons connu jusqu’alors.

Le futur n’est cependant pas encore fabriqué et les images en provenance du futur trouvent plusieurs voies de matérialisation. Certaines de ces images montrent un xéno-pouvoir qui suscite l’émergence d’entités radicalement nouvelles forçant l’évolution du vivant dans des directions non concertées entre espèces.

Au sein du xéno-laboratoire, et sur la base de notre aliénation d’hier, émergent et s’anticipent les dispositifs possibles de notre subordination ou de notre extermination future. À l’encontre de ce xéno-laboratoire, Aliens in Green envisage un laboratoire non-alien. Ce laboratoire du commun, lieu de rencontre et de constitution de communautés interspécifiques, est en continuité plutôt qu’en rupture avec la communauté d’êtres qui s’est expérimentée tout au long du Cénozoïque. Ce laboratoire est le lieu à venir où s’élabore la combinaison des formes vivantes, leur composition et leur articulation, qu’un saut ontologique voudrait nous faire occulter.

CULTIVER UN ART DES COMBINAISONS

L’art des combinaisons vise d’abord à recomposer du commun dans un monde étrange. Cet art des combinaisons est art des symbioses, poussée commune vers la phusis, le «se-donner-une-forme en commun». La recombinaison génétique, les communications génétique, hormonale et chimique sont multiples et permanentes entre espèces. Si le sexe était le point pivot de la biopolitique classique liant ensemble les individus et les populations aussi bien que les citoyens et les États, le transfert agénéalogique des gènes, molécules, signaux, est peut-être ce qui nous permettra de comprendre la fabrique des nouveaux liens biopolitiques – entre les personnes et les licences, entre communautés d’utilisateurs humains et non humains, entre les polymorphismes et les politiques. Ces recombinaisons, immanentes à la société, doivent s’émanciper des standards propres au complexe bio-, chimio- et porno-industriel pour susciter des corps et des habitats se modifiant sous l’influence des êtres qui y vivent. C’est pourquoi la critique des xéno-hormones, des xéno-molécules, des xéno-gènes et des xéno-(éco ou bio)systèmes, la critique des xéno-pouvoirs qui en définissent les orientations et les devenirs, constituent le pendant nécessaire d’une politique des communs recombinants.

CULTIVER UN ART DE LA COMPOSITION

Une approche non anthropomorphique de l’intelligence ouvre le champ à de nouveaux lieux de composition sociale. Sortant d’une approche anthropomorphique ou cérébrocentrique de l’intelligence, reconnaissant que l’intelligence est répartie entre toutes les flux biotiques et les espèces, végétales, animales, fongiques ou bactériennes, les compositions sociale et politique changent radicalement. L’approche phyto-orientée reconfigure nos modes opératoires en visant à articuler la réflexivité et les modes de modélisation théoriques hérités de la culture anthropoïde occidentale à ces modes d’action.

La réflexivité par sa capacité de « rendre étranger », de mettre à distance, peut subvertir le processus de signification et nous permettre de nous représenter ce qui est irreprésentable. Une approche non anthropomorphique des affects permet également d’articuler les médiations entre corps et signifiants autrement qu’à travers identités et espèces, et d’appréhender les flux d’affects interconnectant et co-constituant des corps de différentes sortes.

CULTIVER UN ART DE L’ARTICULATION

Le concept d’articulation est important pour approcher la mise en laboratoire du vivant et de l’écosystème, dans le capitalisme, si on veut ne pas simplement réduire la critique aux seules approches économiques ou de rapports de classe. Les concepts de devenir-alien et de devenir-non-alien permettent d’articuler des mondes de façon à ce que leurs antagonismes potentiels soient neutralisés. Ils ont pour but d’articuler ou de coordonner les différents récits mettant à jour l’esprit anti-terrestre du capitalisme et réalisant les communs biosphériques.

En bref, ils permettent de construire des récits et dispositifs contre-hégémoniques, des solidarités trans-spécifiques, à la fois politique, épistémologique, technique et stratégique permettant la convergence des luttes anti-systémiques.